L'horloge de Huyghens dans le séminaire de Jacques Lacan.

 

 

  
 

Lacan se réfère à deux reprises à l’horloge de Huyghens dans le séminaire II, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse.

-          une première fois dans le chapitre VI (leçon du 12 Janvier 1955).

-          une seconde fois dans le chapitre XXI (leçon du 22 Juin 1955.

Il semble que ce soit les deux seules références à cette question dans l’ensemble de son séminaire.

 

Dans la première occurrence (pages 94 et 95), l’horloge de Huyghens apparaît comme machine. C’est même l’archétype de la machine. Sa mise au point est un moment important parce qu’elle permet la mesure précise du temps.

 

«  la machine dont je parle, c’est l’horloge. 

… Il a fallu évidemment que nous ayons parcouru un certain espace dans l’histoire pour nous rendre compte à quel point il est essentiel à notre être-là. (le temps)

... ce que Descartes cherche dans l’homme, c’est l’horloge (dans De l’homme).

…La machine incarne l’activité symbolique la plus radicale chez l’homme, et elle était  nécessaire pour que les questions se posent… »

 

La machine amène à se poser la question de l’énergie : « L’énergie, … est une notion qui ne peut apparaître qu’à partir du moment où il y a des machines. »

 

Dans la seconde occurrence (pages 343 et 344), Jacques Lacan utilise la façon dont Huyghens a construit son horloge pour aborder la question de lexactitude de la science. Il se réfère  très précisément à « Une expérience de mesure », un article des Etudes d’histoire de la pensée scientifique, qu’Alexandre Koyré vient de publier : « Observez bien que la montre, la montre rigoureuse, n’existe que depuis l’époque où Huygens arrivait à fabriquer la première pendule parfaitement isochrone, 1659, inaugurant ainsi l’univers de la précision -pour employer une expression d’Alexandre Koyré- sans lequel il n’y aurait aucune possibilité de science véritablement exacte. »

Lacan suit là au plus près l’article d’Alexandre Koyré (pages 289 à 314 des Etudes d’histoire de la pensée scientifique).

Galilée et après lui Mersenne et Riccioli cherchent à réaliser, à partir des oscillations d’un pendule, le chronomètre qui permettrait l’étude expérimentale du mouvement de chute d’un corps. Leur méthode rompt avec celle de la science médiévale, qui repose sur la pensée spéculative : Ils ont recours à l’expérience, c'est-à-dire à l’accumulation de faits et d’observations.

Huyghens réussit là où ils échouent parce que les expériences qu’il réalise sont fondées sur une théorie : lui a recours à l’expérimentation. Cette façon de procéder lui permet d’établir l’expression de la période du pendule, dans laquelle intervient le facteur g, intensité de la pesanteur, qui caractérise la façon dont la terre agit sur le corps en mouvement, aussi bien le corps qui tombe que le pendule qui oscille.

Dès lors, l’étude du mouvement de chute n’a plus aucun intérêt, parce qu’en mettant au point son horloge, Huygens a établi une théorie très fine du mouvement dans le champ de pesanteur.

Lisons Alexandre Koyré : « Nous avons vu Huygens réussir là où ses prédécesseurs avaient échoué. Cependant à cause de son succès même, il se dispense de faire la mesure rélle, parce que son chronomètre constitue pour ainsi dire une mesure, et parce que la détermination de sa période est une expérience beaucoup plus fine et plus précise que toutes celles imaginées par Mersenne et Riccioli. … non seulement les expériences valables sont fondées sur une théorie, mais les moyens qui permettent de les réaliser ne sont eux - mêmes rien d’autre que de la théorie incarnée. »

 

 

                                                                                                         Yves Lacroix  

                                                                                                        10 Février 2007



 Une histoire de la mesure du temps : http://www.lagardesse.fr/temps/



   
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Yves Lacroix vit à Bordeaux. Docteur en Physique

 
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