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Einstein et Kant.
« Je ne parlerai pas ici de
ce qui se passe de l’objectivité pour être subjectif. Dans le champ de la science, je parle de notre science en général, vous savez qu’il lui est arrivé
depuis Kant, à cet objet, quelques malheurs, qui tiennent à la part trop grande que l’on a voulu faire à certaines évidences, et spécialement à celles qui sont du champ de l’Esthétique Transcendantale. A tenir pour évidente la séparation des dimensions de l’espace d’avec celle du temps, l’élaboration de l’objet scientifique s’est trouvée se heurter à ce que l’on traduit bien improprement par une crise de la raison scientifique.
Tout un effort a du être fait pour s’apercevoir que, à un certain niveau de la physique, les deux registres spatial et temporel ne pouvaient continuer d’être tenus pour des variables indépendantes ce qui, fait surprenant, semble avoir posé à quelques esprits d’insolubles problèmes. »
Jacques Lacan, Le séminaire Livre X, L’angoisse . (Page 103)
Lacan fait ici allusion au passage de la physique classique, celle de Newton, à la physique relativiste, plus précisément à la relativité restreinte d’Einstein et à ses conséquences sur le système kantien
L’avènement de la relativité
restreinte.
La physique dite classique repose sur la mécanique newtonienne (théorie du mouvement des corps), et
sur la théorie de l’électromagnétisme de Maxwell (théorie des ondes électroma-gnétiques, dont la lumière). Jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle, elles étaient considérées comme
exactes parce qu’elles expliquaient de nombreux phénomènes et qu’aucun fait expéri-mental ne les contredisait.
Le cadre de la physique classique est celui du système kantien de l’Esthétique Transcen-dantale. En particulier, les mouvements se font dans l’espace euclidien, conforme à notre expérience sensible. Le temps est celui dont nous percevons l’écoulement régulier. Ce sont des concepts a priori. Ils sont absolus, c'est-à-dire indépendants de l’observateur.
En 1886, Michelson et Morley établissent dans une expérience célèbre, que l’éther, qui aurait servi de support à la propagation de la lumière, n’existe pas. La lumière peut se propa-ger dans le vide, et sa vitesse de propagation est un invariant, c’est-à-dire qu’elle ne dépend pas du mouvement de celui qui l’observe. Ce fait expérimental entre en contradiction avec la physique classique.
Cette contradiction amène Einstein, en 1905, à repenser la physique sur des bases nouvelles. Il montre que, contrairement à l’évidence, deux évènements qui se produisent en des points différents ne peuvent pas être simultanés, parce qu’on ne peut pas définir un même instant en des points séparés. Par conséquent, il n’existe ni temps absolu, ni espace absolu. Espace et temps sont en fait intriqués : il y a lieu d’en faire un concept unique qu’Einstein appelle espace-temps (Il parle de « sublimation des concepts d’espace et de temps sous forme de continuum à structure métrique »).
Les malheurs de l’objet scientifique.
Pour Einstein : « La physique est un système conceptuel logique en développement dont les fondements ne peuvent être obtenus par distillation de l’expérience sensible, selon une méthode inductive, mais seulement par la libre invention de l’esprit humain. »
Sa relativité restreinte, son espace-temps en particulier, ruinent le système kantien :
« Selon moi, le but de Kant et de tous les kantiens a été de découvrir les concepts et
relations à priori (c'est-à-dire non déductibles de l’expérience) qui fondent nécessairement toute science de la nature parce qu’une science de la nature n’est pas pensable sans eux...
Kant considérait ce but comme accessible et croyait l’avoir atteint. Mais si l’on ne considère pas ce but comme accessible, on doit évidemment renoncer à se dire « kantien ».
Il y a encore peu de temps, on croyait que le système kantien de concepts et de normes a priori pourrait résister éternellement. Cette position fut tenable aussi longtemps que la science de la nature postérieure [à Kant], telle qu’elle était tenue pour démontrée, n’enfreignit pas les normes en question. Ce qui se ne présenta de manière incontestable qu’avec la théorie de la relativité. A moins de vouloir prétendre que la théorie de la relativité est contradictoire avec la raison, on ne peut pas conserver le système kantien des concepts et normes a priori. »
(Extrait d’un compte-rendu rédigé par Einstein de Kant und Einstein, un ouvrage d’Alfred Elsbach, professeur à Utrecht.)
Yves Lacroix
2 Décembre 2004
Des articles, des travaux personnels, des liens.
La science, la physique tout particulièrement,
est abordée dans sa dimension culturelle
et ses connections avec la psychanalyse.
○ Travaux orientés par la
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○ Références de Jacques
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○ Albert
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Yves Lacroix vit à Bordeaux. Docteur en Physique